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Charles Phillipps - L'homme qui collectionnait les "Premières" Charlie, comme tout le monde l'appelait, marque une étape importante dans la vie de Canadair mais aussi dans le contexte social. Compagnon, contrôleur de la qualité dans le secteur de l'outillage, Charlie était noir, parlait anglais mais s'exprimait dans un excellent français et, de plus, était bachelier ès Arts alors que 99% de l'usine n'avait jamais accédé à l'université. C'était quelqu'un hors du commun et beaucoup de travailleurs en avaient fait un héros. |
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Il s'est fait connaître parce qu'il aimait parler, monter sur le podium. Un jour, un employé est décédé d'une crise de coeur en plein milieu de son travail. Tout de suite, l'usine s'en est prise au contremaître. Il l'avait trop poussé. Le lendemain, à la pause-café du matin, en pleine cafétéria, Charlie est monté sur une table et a fait une courte homélie sur le défunt et a demandé une minute de silence. Cela n'avait jamais été fait. Peu à peu, il s'impose et, lors des élections à la présidence de la Section locale en 1964, les "jeunes" décident d'opposer Charlie Phillips à Charles Desrocher, un colosse de près de 2 mètres provenant de l'outillage. C'était vouloir renverser la machine de Louis Laberge qui était en place depuis quinze ans. Louis, qui était devenu président de la FTQ quelques mois avant, était toujours membre de la Section locale. Lorsqu'il montait sur la tribune, le président en place n'avait qu'à écouter. C'était un homme à lui.
![]() C'était la première fois que la Section locale avait un Noir comme président; c'était la première fois, depuis des décennies, qu'on changeait systématiquement de clan. Charlie Phillips savait s'entourer des meilleurs éléments et dès le lendemain de son élection, un souffle nouveau s'empare de l'exécutif et du comité de griefs. Malheureusement, à l'usine, le climat est malsain. Trop de frustrations et d'injustice règnent chez les membres. Réuni en assemblée, tout le comité écoute Charlie Phillips parler pendant 25 minutes sur l'impasse dans laquelle les membres sont acculés et nous décidons de voter la grève.
La Section locale avait alors ses locaux rue Bellechasse. Il n'y avait pas de loi anti-scab et les briseurs de grève traversaient les lignes. Un meneur a tiré un coup de fusil dans le pare-brise de la voiture de Charlie alors qu'on était en réunion. C'est vous dire que le climat était tendu.
C'est Charlie Phillips qui a signé la convention de 1965-1967. Malgré toute sa bonne volonté, le comité a encore les mains liées. General Dynamics a la réputation d'être une des plus dures entreprises au niveau des relations de travail. En 1972, Charlie Phillips négocie pour les membres syndiqués le fameux PAP et reconnaît qu'il faut un plan de relance pour améliorer la productivité des travailleurs tout en maintenant un haut standard de qualité. Après la convention de 1974-76, le climat ne s'améliore pas tellement et les finances battent de l'aile. Il n'y a plus assez de fonds pour payer deux agents d'affaires. Normalement, c'est Charlie Phillips qui aurait dû rester en place en tant qu'agent d'affaires directeur mais c'est l'agent d'affaires Normand Cherry que le Comité a désigné pour rester. Si Charlie Phillips était un parleur qui savait expliquer, travailler une foule, ce n'était pas un stratège et la situation demandait de foncer et de défoncer. Conscient des qualités indéniables de Charlie Phillips, Aimé Goyer de la FTQ, ancien membre de la Section locale 712, recherche un directeur pour le Local 298 et le récupère pour prendre en charge la section entretien pour tout le Québec. C'est ainsi qu'un homme de couleur a su faire sa place dans le milieu syndical. Il a marqué la voie et a servi de bougie d'allumage pour insuffler à notre Section Locale un souffle nouveau. |
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