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Louis Laberge - Le bâtisseur

C'est Louis Laberge qui a vraiment formé l'âme syndicale à Canadair à une époque où le "boss" avait plein pouvoir et l'ouvrier devait se contenter de bien peu de choses. On peut revivre à travers sa carrière, les grandes heures syndicales.

Ti-louis, comme ses amis aimaient l'appeler, entre comme assembleur à Canadair en 1943 après avoir été congédié pour ses activités syndicales au chantier naval de la United Shipyard. L'usine produit à plein rendement pour appuyer l'effort de guerre avec une petite armée de 8 000 employés. Puis il devient mécanicien. Un des premiers gestes de Louis après son embauche, comme on devait s'y attendre, a été de signer sa carte de membre du syndicat. C'est alors un syndicat " rouge ", le mouvement travailliste étant perçu à ce moment-là comme une importation russe.

         

Élu délégué d'atelier, il s'occupe du recrutement durant ses heures de travail et fait signer tous ses collègues d'atelier qui travaillent aux réservoirs d'essence des avions. Trop militant, il raconte en riant : "J'ai été sapré dehors une couple de fois pour mes activités syndicales. J'ai alors demandé d'être présent quand on discuterait de mon grief avec la Compagnie. Ensuite, j'ai compris et suis devenu membre du Comité de griefs!" Cela se passait en 47. " J'aimais régler les griefs. J'avais deux façons de le faire: l'une où j'arrivais avec ma convention collective en main, l'autre où je faisais du give and take". Puis il passe agent d'affaires en 48.

Il est de toutes les batailles syndicales et on ne sait plus sous quel chapeau on le rencontre dans la rue: Président du Conseil du travail de Montréal, conseiller municipal de la Ville de Montréal, vice-président régional du Congrès du travail du Canada, un des directeurs de la FTQ, etc. Voyant ses collègues s'endetter, il fonde avec son ami Robert Soupras la première caisse d'économie du syndicat de Canadair en 52, celle qu'on appellera plus tard la Caisse Desjardins.

Après 11 ans comme agent d'affaires à la Section locale, Louis est battu pour la première fois par 18 voix à Canadair, ses camarades de l'usine No2 ayant décidé de lui " chauffer les fesses " parce que Louis n'avait plus assez de temps à consacrer au 712, toujours prêt à agir comme arbitre aussi bien pour les machinistes que pour les débardeurs, les pompiers, élargissant son territoire d'action par un bel enthousiasme et une implication qui n'a plus de frontières.

En décembre 1960, il reprend les rennes de la Section locale haut la main car personne comme lui peut tenir tête à la Compagnie et solidariser les travailleurs. En 64, coup de théâtre : Il est congédié de son poste de représentant syndical par Mike Rygus, directeur canadien de l'Association internationale des machinistes, " une vraie tête carrée ", peste encore Louis.

Lors de la grève de 1965, Louis Laberge n'est plus en poste depuis un an, ayant troqué son chapeau de la Section locale pour celui de la FTQ.

Ses luttes stratégiques, où il met tout son coeur, l'entraînent en 85 et 86 à se battre aux côtés de Norm Cherry au beau temps du Comité de la Survie. " Louis a remué mer et monde pour assurer non seulement la survie mais la relance de Canadair. Il n'y a pas un politicien d'importance qu'il n'ait contacté à Ottawa et à Québec ", soutient Norm Cherry. "Il m'a soutenu et il était à mes côtés lorsqu'on est monté aux barricades de l'hôtel de ville de Ville St-Laurent, lorsqu'on a rencontré le Premier ministre Mulroney avec lequel il garde des contacts très étroits depuis le temps où ils se faisaient face aux tables de négociation de contrats de travail. On était encore ensemble lors de la rencontre avec le président du trésor Robert de Cotret" ...

Toujours présent dans le coeur des travailleurs, il est demeuré membre de la Section locale 712 jusqu'à sa retraite. C'est la raison pour laquelle on s'amusait à dire, à l'époque du Comité de la Survie: Louis Laberge est le président de Norm et Norm est le président de Louis - un joyeux tandem! Il est devenu un symbole car c'est sous sa gouverne, sa poigne d'acier, que ce sont livrées les premières grandes batailles syndicales. Il s'est toujours engagé avec ses tripes, avec son coeur. Il a "mangé des coups" mais il a toujours su se redresser et foncer comme un lion. Maintenant, il est à sa retraite, c'est vous dire qu'il a le temps ... pour enfourcher son nouveau dada: La souveraineté du Québec. On ne sera pas surpris de le retrouver en 91 au congrès de la FTQ, en pleine forme, sachant, d'un trait, brosser sa propre caricature: "Je me battrai de toutes mes forces comme je l'ai toujours fait dans ma vie ... avec délicatesse, doigté et humilité ...".

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, vous pouvez consulter le livre de Louis Fournier: Louis Laberge, le syndicalisme, c'est ma vie, paru aux Éditions Québec / Amérique

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